Blog de la bibliothèque de Messigny et Vantoux (21)
Michel LE BRIS / La beauté du monde
Osa ose tout. Dans sa petite ville du Kansas, elle hésite : vivre une vie de casanière ou celle d'une aventurière. Le choix est vite fait. Jalouse de son amie, elle épouse à 16 ans Martin Johnson venu présenter son spectacle « Cannibales des mers du Sud » qu’il tire de son voyage avec Jack London.
Elle vit avec lui 7 années de galère à rassembler les fonds qui vont les conduire dans la jungle de Bornéo où elle ose s’approcher du chef redoutable de la peuplade cannibale des Big Nambas qui voudra l’échanger contre 200 femmes.
Elle revient en 1921 à New York, escortée de 2 singes qui ouvriront des portes à son mari. Poussée par Martin qui veut qu’elle soit dans l’air du temps, elle ose couper ses cheveux, mettre une jupe courte, comme le font les « flappers », ces femmes émancipées dont la reine n’est autre que Zelda Scott Fitzgerald (Cf. livre de Gilles LEROY/ Alabama Song , Prix Goncourt 2007 ).
A New York, elle côtoie les femmes des explorateurs en recherche de fonds pour de nouvelles expéditions, s’aventure dans les caves sombres de Harlem où viennent chanter Ethel Waters accompagnée du fameux trompettiste Bubber Miley qui fit ses débuts dans l’orchestre de Duke Ellington. Passionnés de cette musique, vous découvrirez des pages superbes sur les débuts du Jazz dans cette Harlem naissante.
Elle dit oui aux rêves de Martin. Elle part avec lui au Kenya, tombe sous le charme de Denys Finch Hatton (Cf. Karen Blixen / La ferme africaine).
Elle n’hésite pas à nouveau à se mettre en danger en allant au plus près des buffles, des lions, des rhinocéros et des éléphants pour offrir à Martin les plus belles images qui, il le sait, sont celles que le public attend et qui feront leur renommée. Martin a bien saisi qu’Osa sera la clé du succès de ses films. Munie d’un fusil, elle épaule, tire, tue, découvre l’ivresse de la chasse et affronte douloureusement ce paradoxe terrible : dévoiler la beauté du monde, la paix du monde sauvage en nous révèlant en même temps notre part de sauvagerie; découvrir sa part sauvage en touchant au mystère de la beauté du monde.
Pour faire honneur à ce couple d’aventuriers qui a eu ses heures de gloire dans les années 20, Michel Le Bris a fixé son objectif sur une femme pour nous révéler la beauté du monde à travers son regard.
Michel Le BRIS nous donne à lire des pages magnifiques sur ce qui pousse ces hommes, ces explorateurs " traversés par le frisson du Grand Dehors" à aller "derrière la crête des montagnes, derrière la ligne d’horizon ".
Laissez vous porter par cette écriture magnifique au point de croire qu’on est à côté d’Osa dans les caves de Harlem ou lors de la rude traversée du pays kikuyu.
Certes, 678 pages, il faut se les coltiner. Des passages peuvent être longs. Mais les Johnson ont bien su traverser les contrées les plus arides du Nord du Kenya à leurs risques et périls, pour eux, on peut bien se coltiner ce « pavé » bien calé dans notre fauteuil, histoire de rendre hommage à notre façon à ces hommes et ces femmes qui ont ouvert nos horizons et cherché à modifier notre regard sur ces pays dits sauvages en tentant d’écorner déjà dans les années 20 ,l’idée de la supériorité de l’homme blanc.
