Blog de la bibliothèque de Messigny et Vantoux (21)
Henrik B.Nilsson / le faux ami
Comment Henrik B.Nilsson réussit-il ce tour de force à nous captiver durant 567 pages ( même s’il y a des longueurs ) avec un personnage aussi sombre, aussi lugubre, aussi tourné vers le passé que Herman Freytag et qui ne comprend rien aux bouleversements techniques de la société et aux nouveaux mouvements culturels de la Vienne bouillonnante du début du XXème siècle ?
Comment ce jeune auteur fait-il pour que l’on ne puisse pas lâcher dans ses pérégrinations cet homme ennuyeux que sa femme vient de quitter et dont le seul plaisir est de manger des Mohnstrudel (gâteau enroulé au pavot) au Sperl, son café de prédilection ?
Herman Freytag a peut-être quand même envie de sortir de cette vie étriquée. En même temps qu’il accepte de reprendre son activité de correcteur et de répondre à la demande de Barsh, cet écrivain qui n’accepte d’être corrigé que par Freytag¸ il s’inscrit au cours d’esperanto où il fait la connaissance d’un certain Signori dont il devient ami. Celui-ci fait un jour à Freytag une demande qui va bousculer les principes déontologiques du correcteur.
Jusqu'où cela le mènera-t-il ?
Mais quel est lien avec ces chapitres qui s’intercalent dans le déroulement du quotidien fastidieux de cet anti-héros et qui nous entraînent dans les sombres intrigues qui agitent le Vatican après la mort du pape Léon XIII ?
Et pourquoi ce titre ? Où sont-ils ces faux-amis?
Pour son premier roman, Nilsson réussit ce miracle : faire vivre sous nos yeux la Vienne des années 1910 avec un sens du détail époustouflant. Comme si on y était !
On pardonnera ce jeune auteur qui ose écrire « La littérature attirait surtout les femmes que la beauté avait épargnées ».
Un pavé qu'on a du mal à lâcher car ce livre est à découvrir !