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Blog de la bibliothèque de Messigny et Vantoux (21)

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Lumière sur ...

Dany Laferrière /L’énigne du retour


Dany-Laferriere.jpgDany Laferrière , auteur haïtien qui vit à Montréal apprend la mort de son père , lui-même exilé à New-York. Dany Laferrière  l’a très peu connu mais il se rend à ses funérailles et retourne alors en Haïti. Comme s’il cherchait à ramener son père.

Il retrouve son pays, sa mère, sa sœur et tous les amis de son père.

Dany Laferrière nous parle de ses retrouvailles,  de ce retour au pays où se mêle la douleur de l’exilé qui  cherche à éviter la confrontation avec le terrible sentiment de se sentir étranger.

 «  Je pense à ma mère qui, elle,

N’a jamais quitté son quartier

Je pense à ces six millions d’Haïtiens

Qui vivent sans espoir de partir un jour,

Ne serait-ce que pour aller respirer

Un bol d’air frais en hiver.

Je pense aussi à ceux qui pourraient le faire

Et qui ne l’ont pas fait.
et je me sens mal à regarder ma ville

Du balcon d’un hôtel."

 

Dans ce récit où alterne la narration et la poésie  qui prend parfois la forme de  haïkus , Dany Laferrière  évoque les ravages de l’ère Duvalier, la faim, le vaudou ,les campagnes qui se vident mais aussi de l’odeur des ilangs –ilangs et  de l’extrême courtoisie de ces paysans «  qui vont jusqu’à vous offrir leur lit dans un drap immaculé pour coucher eux-mêmes à la belle étoile ».

La lecture de ce texte reste particulièrement bouleversante après le séisme qui a ravagé ce pays.

En voici un autre passage.

 «  La faim

Je me suis réveillé

Au milieu de la nuit

Les nerfs en pelote

Mon pyjama complètement mouillé

Comme si j’avais nagé dans une mer de bruits.

 

J’ai vu sortir de cette minuscule

Maison de trois-pièces,

A peine protégée par des murs aussi minces

Que du papier fin,

Pas moins de 36 personnes en moins d’une heure.

Pas un millimètre qui ne soit occupé.

Pas une seconde silence, j’imagine.

 

On cherche la vie

chez les pauvres

dans un vacarme absolu.

Les riches ont acheté le silence.

 

Le bruit se concentre

Dans un pértimètre bien déterminé

Les arbres sont ici rares

Le soleil, implacable.

La faim, constante.

 

Dans cet espace grouillant de gens

C’est d’abord l’obsession du ventre.

Vide ou plein ?

Le sexe vient tout de suite après.

Le sommeil,enfin.

 

Quand un homme préfère

Un plat de riz aux haricots touges

A la compagnie galante d’une femme

C’est qu’il se passe quelque chose

Dans l’ordre du goût."

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