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Blog de la bibliothèque de Messigny et Vantoux (21)

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Petite chronique - 9

J’ en classe pas une


Homme-portant-livres.JPG     Chers lecteurs, quand vous rapportez vos piles de livres à la Bibliothèque, vous êtes- vous demandé pourquoi certaine bénévole prenait soudain une mine déconfite ? Sans doute, chers lecteurs ou lectrices, qu’il vous a fallu livrer d’autres batailles avant de venir, pour rassembler tous ces livres dispersés dans les diverses chambres, vérifier si les CD étaient bien dans leurs pochettes respectives, si rien a été oublié car les délais sont dépassés – et que vont dire ou penser les bibliothécaire !
    En effet, quand certains lecteurs « livrophages » reposent sur la banque leur cabas énorme rempli de livres, de documentaires, de CD empruntés pour toute la famille, ils sont loin de se douter de ce que peut penser intérieurement la bénévole en question, qui voit devant ses yeux ébahis, la pile de livres qui monte, qui monte : «Il va falloir classer tout çà ?».
    Le classement ? Vaste entreprise. Mais comment procède-t-on ? La question vous a-t-elle seulement effleuré l’esprit ? Vous vous en posez d’autres plus importantes ? Vous êtes-vous quand même un jour demandé pourquoi la pastille collée sur la tranche des ouvrages comportait tantôt des lettres, tantôt des chiffres& ? Car cette interrogation nous laisse déjà entrevoir la complexité de la rude tâche qui consiste à ranger les livres. Ainsi pour classer, il ne suffirait donc  pas de connaître uniquement l’alphabet ?
    Non, loin de là. Mais que signifient donc ces signes cabalistiques que vous apercevez sur la pastille en question : R ? 808.836 ? BDJ ? JA ? JBD ? Autant d’indices qu’il va s’agir de décrypter, tel un jeu de pistes, car ils nous donnent la première indication du lieu où se rendre pour ranger l’ouvrage : rez-de-chaussée, les rayonnages devant la banque, derrière la banque ou au premier étage.

   Commençons par le R, R comme romans. Ce R associé à d’autres lettres, les trois premières du nom de l’auteur. Ainsi seuls les romans sont classés par ordre alphabétique. Simple, direz-vous ? Eh ben non ! Car distinguer dans les rayonnages les livres de la fin de la lettre A et du début de la lettre B peut nécessiter un certain nombre de va et vient, d’allers et retours, à droite, à gauche, en bas, en haut, un p’tit tour et puis on revient entre les rayonnages, autant de mouvements qui pourraient évoquer la  danse de Saint-Guy. Et quand on entre dans l’alphabet, c’est là que ça se complique. Prenons la lettre A. Dans le A, il y a le AA, le AB, le AC. On est tous d’accord, c’est facile. Mais une fois distingués les AA des AB, il faut encore pénétrer dans les arcanes du AB par exemple, qui renferment les ABA, les ABE, les ABI, les ABB, les ABC (tiens ! Y aurait il un auteur dont le nom commence par ABC ? Il y en a bien un qui commence par TSCH. L’auteur ? TSCHENG GALSON, voyons, "la montagne blanche") mais aussi les ABU, les ABZ (?!) etc.  Alors vous imaginez l’attention que cela demande ? Ne nous étonnons pas qu’il y ait des petites erreurs parfois. Savez-vous que les Z prennent quand même la moitié d’une étagère ? Longueur d’une étagère ? 86 cm.
    Le pire, ce sont les MAC. Comment range-t-on les Franck Mac Court ("les cendres d’Angéla" et son dernier livre "c’est comment l’Amérique"), les Peete Mac Carthy, les Colleen Mac Cullough ? Dans les MCC pardi, alors que Yan Mac Evan aura droit à son MCE.
    Et n’évoquons pas ceux qui ont le même nom : LEVI qu’il ne faut pas confondre avec LEVY par exemple. Marc sera-t-il placé avant Bernard-Henry qui lui-même se placera avant ou après sa fille Justine ou après Andréa puisque tout ce petit monde est rangé dans les LEV où figure également  Jean qui lui, attention, s’écrit avec un I ( "Le coup du hibou", c’est lui) et sera donc placé bien avant. Vous suivez ? Vous comprenez désormais la mine renfrognée de certaine bénévole.
Petit arrêt sur livre : Andréa LEVY est l’auteur de "Hortense et Queenie", l’histoire de ces deux anglaises, dont l’une vient de HAWAI et dont les maris ont servi dans l’armée anglaise. L’après-guerre les réunira toutes deux dans la même maison à Londres et elles vont se confronter à la dure réalité du racisme envers ces soldats noirs qui ont combattu pour le même pays. A LIRE ABSOLUMENT.
    Quant aux documentaires, c’est une autre histoire de classement. Avez-vous remarqué comme chaque rayonnage déroulait sa pléthore de numéros, telles les grandes artères des villes améri- caines ? C’est un certain DEWEY qui a imaginé cette classification par centaine (les 100, 200, 300... jusqu’ aux 900), chacune se consacrant à un domaine particulier sera subdivisée en dizaine, qui elle-même se subdivise...
    Si par hasard le terme documentaire a pour vous des résonances trop sérieuses, est loin d’évoquer le plaisir, le loisir ou la découverte, détrompez vous. Vous y trouverez de quoi améliorer votre bien-être quotidien. En effet, vous les parents qui n’en pouvez plus de vos ados, dans la première centaine consacrée à la philosophie, fouillez parmi les livres d'André Comte-Sponville ou de Michel Onfray et vous découvrirez toute une gamme de livres consacrés aux aléas de la vie familiale, histoire de retrouver la paix et l’harmonie en famille. Philippe Jeammet, un pédopsychiatre renommé vous a concocté "la psycho, 100% ado", ou Pascal Hachet en écrit long sur "ces ados qui jouent les kamikhazes". Vous les mères qui travaillez, Sylviane Giampino vous déculpabilisera et vous invitera aussi, vous les parents, à dire non. Et si vous vous posez d’autres questions plus générales sur le Mammy Big Band par exemple, plongez-vous dans Boris Cyrulnik, Jacques Salomé et ses invitations à se parler. Vous trouverez aussi de quoi lire aussi pour entretenir votre mémoire si celle–ci vient à défaillir. Et j’en passe.
    Si au demeurant les 200 réservés aux religions, les 300 aux Sciences Humaines et les 400 dédiés au langage qui, allez comprendre pourquoi, inclut les livres de Pierre Bellemarre,  n’occupent que 2 étagères, serait-ce que ces thèmes n’attirent pas les foules ? Et pourtant, n’hésitez pas à vous y arrêter, on ne sait jamais. Il n’en est pas de même des  500 consacrés aux Sciences et Nature, là vous découvrirez tout un monde qui va du "genou de Lucy" d’ Yves Coppens à "la vie sociale des plantes" de Henri Pelt en passant par celui des loutres ou des baleines à bosse.
    Et vous les fans de bricolage, vous savez où aller ? Directement au 700 et vous les passionnées nombreuses à Messigny et Vantoux de patchwork et de broderie, c’est au 746.44 que vous découvrez votre bonheur. Et vu les recettes qui s’échangent à la bibliothèque et en font saliver plus d'une ( ou un?), on devrait s’arrêter aussi au 641.8 qui orne les beaux livres de cuisine. Psitt, baissez les yeux, en bas, plus loin, il y a aussi la revue "Saveurs".
    Les férus d’Histoire, eux, connaissent l’adresse. Ils vont directement au 900 et les nombreux passionnés de biographies ont bien repéré le 920 qui s’étale sur 8 étagères. Longueur de l’étagère ? Entre Colette, Hilary Clinton et son mari Bill, Marco Polo, Saint Louis, Vidocq, Napoléon et Coluche, en voilà des personnages, des mondes, des époques à découvrir.
    Vraiment, même si à cet endroit le classement mêlant à la fois les chiffres et les lettres est particulièrement fastidieux, même si on doit pour vous à nouveau les ranger, nous vous invitons quand même à les sortir ces livres cachés dans ces rayonnages qui méritent qu’on s’y arrête.

Enfant-tirant-charrette-copie-2.JPG     Mais ce que l’auteur de ces lignes exècre le plus, c’est le classement des livres d’enfants. Ils sont tellement minces ces petits livres qu’une pile a vite fait de lui donner envie de fuir !
– C’est simple, lui répète-t-on à longueur d’années. Il y a le bac des BDJ, des JA, des JR et des JD.
– Ah oui et les "j’aime lire", c’est où ?
– A gauche tu vas voir !
Non, à gauche elle ne voit qu’un immense mur couvert de livres sur lequel elle ne distingue rien. Alors ? Elle a trouvé un stratagème qui peut s’apparenter à l’attrapage de pigeon, en l’occurrence, un petit gamin à la bouille rieuse qui monte justement au premier étage.
– Tu sais où les classer ? lui demande-t-elle en douce.
– Oui, lui répond-il, soudain très honoré de la responsabilité nouvellement endossée.
– Merci, lui lance-t-elle en lui faisant un petit clin d’œil complice, soulagée de s’être délestée de cette horrible tâche.  Ni vu, ni connu. Faudrait pas s’attirer les foudres de ses congénères et passer pour une idiote. Mais en tête du classement du classement, elle n’est pas près d’y figurer.

    Et les CD ? Dans une autre page, on en reparlera.
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