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"Les livres sont le dernier endroit au monde où l'on peut encore être seul."

Jean-Marie LACLEVETINE

( Matins bleus )

Ecoute , écoute...

en cliquant sur le lien:

Geoffroy GURRUMUL - Wiyathul
http://www.youtube.com/watch?v=x8-YMpYbRqY

  OKOU-To the bone
http://www.youtube.com/watch?v=zzpgQy_DevA

Birdpaula-Picnicparty

http://www.youtube.com/watch?v=lWXe82Rc7_w

Pour d'autres découvertes ,

cliquez dans la rubrique
"écoute,écoute" de  "Catégorie",colonne au-dessus.

28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 11:57

Jean-Christophe RUFIN/ Le collier rouge


product 9782070137978 195x320En 1919, dans une petite sous-préfecture du Berry, un chien jappe sans discontinuer devant la prison qui ne renferme qu’un seul prisonnier, le caporal MORLAC, son maitre.

Ce détenu reçoit la visite d’un juge militaire, le commandant LANTIER DU GREZ qui vient traiter sa dernière affaire.  Il vient interroger  MORLAC, ce héros de la guerre qui  a reçu la légion d’honneur mais qui a commis un acte qui lui vaut d’être arrêté et jugé.


 LANTIER DE GREZ , veut percer le mystère de cet homme qui « avait défendu la nation et qui en même temps la vomissait ». Contrairement aux autres affaires qu’il a traitées, le juge comprend bien qu’il a affaire à quelqu’un de plus complexe car MORLAC refuse de s’excuser et s’entête à se laisser condamner. De plus, il n’apparait pas attaché à ce chien qui l’a accompagné jusqu’à Salonique lors de tous les combats.

LANTIER veut comprendre. Entre ses visites à la prison, il fait des rencontres qui lui en apprennent plus sur la vie de cet homme de la terre qui n’est pas allé à l’école mais qui lit Victor HUGO dans sa cellule. 

Les interrogatoires ont lieu chaque jour. Peu à peu, entre ces deux hommes que tout oppose, s’instaure une relation où la vérité peut émerger sans camouflage , qui permet à MORLAC de livrer son récit en toute sincérité. Le récit de sa guerre accompagné de ce chien, cette guerre mal connue, celle du front d’Orient, où les hommes pensent à la fraternisation.

Mais qu’en est-il de ce chien qui ne cesse d’aboyer et qui n’a jamais quitté son maitre durant tous les combats ? Pourquoi celui –ci, après avoir commis un acte outrageant, lui montre-t-il tant d’indifférence ?


Ce livre qui se déroule comme une enquête, pose des questions sur la fidélité, la loyauté où s’entremêlent celles du chien et de son maitre. A qui ,à quoi est-on fidèle, reste-ton loyal ? Qu’est-ce qui nous différence de l’animal ?

Jean-Christophe RUFIN interroge aussi  les idéaux que l’on affiche et qui nous aideraient à cacher d’autres faiblesses, d’autres sentiments plus obscurs qui guideraient nos actions et que le juge LANTIER a l’air d’avoir bien compris. Ce qui lui permettra de rendre son jugement.


En ces temps de commémoration, il est important de lire ce livre touchant où l’on découvre, grâce à la plume précise et admirable de  Jean-Christophe RUFIN, un aspect méconnu de la guerre 1914-1918, celle qui se déroule dans les Balkans, tout aussi terrible et meurtrière.

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 14:59

Pierre LEMAITRE / Au revoir là-haut *****


Pierre LemaitreAlbert MAILLARD et Edouard PERICOURT sont des survivants de l’ultime attaque de la cote 113. Alors que l’armistice est annoncé, ce dernier assaut contre l’armée allemande a été mené le 2 novembre 1918 par le lieutenant d’AULNAY-PRADELLE, plus soucieux de se distinguer par un dernier fait d’armes que de préserver ses soldats.  

 Albert MAILLARD a failli mourir d’une mort qu’il ne doit pas à la guerre mais parce qu’il a vu quelque chose qu’il n’aurait pas du voir. Edouard PERICOURT  le sauve in extremis en prenant un obus dans la mâchoire. Ce terrible évènement va lier leur destin à jamais.

 

Si MAILLARD doit la vie à PERICOURT, celui-ci va lui devoir sa survie. En effet, c’est MAILLARD qui lui procure une nouvelle identité et la morphine qui soulage ses douleurs insupportables, ne se doutant pas de l’engrenage dans lequel il se met.

 

Dans cette France de l’après-guerre, plus préoccupée à honorer ses morts que d’aider ses soldats survivants  et ses gueules cassées  à trouver un logement, un emploi ou de quoi manger, des gradés cyniques et suffisants comme PRADELLE et autres hommes de pouvoir cupides et peu scrupuleux, flairent les bons filons que le commerce de la guerre peut  procurer.

Tandis qu’Edouard  PERICOURT de son côté, se met à imaginer une scandaleuse arnaque.

Est-ce sa manière à lui de rembourser cette dette de vie qu’il partage avec son camarade ou de faire avec ses dessins, comme il s'y entendait déjà avant la guerre, une dernière fois la nique aux représentants de cette France pleine d’ingratitude à l’égard de ses soldats partis au combat la fleur au fusil et qu’elle a abandonnés dès leur retour ?

 

Pierre Lemaitre nous saisit dès les premières pages en nous plongeant au cœur de cette dernière bataille. Mais il pense très vite à nous, lecteur, en parsemant son récit de petites bulles d’humour et de railleries qui nous permettent de reprendre notre souffle dans cet enfer qu’il nous décrit.

«  Et attaquer le jour des morts en plus. On a beau ne pas s’attacher aux symboles ».


Pierre Lemaitre nous offre de belles pages très émouvantes sur ces liens qui se tissent dans la survie. D’abord entre ces deux survivants qui n’auraient jamais du se rencontrer.  Mais aussi au moment où la petite Louise réussit à apprivoiser Edouard PERICOURT en lui confectionnant des masques de carnaval qui le remettront sans doute en contact avec son humanité. Mais  qu'en fera-t-il ?

 

Ce livre époustoufflant qui nous entraine dans un vrai suspense avec des rebondissements jusqu’à la dernière page, tombe bien. Il nous rendra sans doute plus attentif à ces temps de commémoration de la Grande Guerre.

Après sa lecture, on on ne regardera peut-être plus de la même façon ces monuments aux morts où sont inscrits des noms, pour lesquels Pierre Lemaitre nous rappelle l’horreur dans laquelle leur pays les a entrainés.

A  LIRE ABSOLUMENT.

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 16:46

Erik LARSON/ Dans le jardin de la bête


51KOUOgxs-L._SL160_.jpgEn 1933, Roosevelt a du mal  à nommer un ambassadeur  à Berlin. Après moult refus, il désigne à ce poste William E.DODD, professeur d'histoire à l'Université de Chicago.  William E.DODD a fait ses études à Liepzig mais d'origine modeste, ne fait pas partie de ce fameux "bon petit club" qui rassemble l'élite fortunée américaine.
William DODD débarque à Berlin, en Juillet 1933, avec sa vieille Chevrolet, signifiant par là qu'il ne  ménera pas le train de vie fastueux des services diplomatiques par égard pour ses compatriotes victimes de la crise de 1929. Il est accompagné par sa femme , son fils et sa fille Martha.
En Juillet 1933, Hitler est au pouvoir depuis 6 mois et déjà tout est mis en place : les passages à tabacs des Américains et de milliers d'Allemands, les persécutions insidueuses contre les Juifs qui commencent en 1933 à quitter l'Allemagne , les camps de concentration, Dachau entre autre dont l'auteur nous fait une description en relatant la visite d'un représentant des Quakers.
William DODD prône la modération souciuex de maintenir de bonnes relations entre les deux pays .C'est pourquoi il minimise durant quelque mois les agressions faites aux Américains et aux Juifs, croit au désir de paix d'Hitler et pense qu'il peut influer sur le cours des évènements,persuadé comme tout le monde qu'Hitler ne restera pas longtemps .
Mais  petit à petit William E.DODD prend la mesure de la véritable nature du nouveau pouvoir. Il aura le courage d'user de sa postion de diplomate,  même si celle-ci reste très décriée par les hauts fonctionnaires du Ministère des Affaires Etrangères, pour dire en octobre 1933 dans un discours mémorable , le fond de sa pensée sur le régime en place. Le 7 Mars 1934, lors d'une entrevue avec Hitler, il aborde avec lui le problème juif en lui suggèrant  de le résoudre de manière pacifique et humaine. Mais le 30 Juin 1934, après l'exécution massive des SA , la fameuse nuit des longs couteaux , il écrit dans son journal à propos d'Hitler: "J'ai un sentiment d'horreur quand je regarde cet homme! "
Si William E.DODD,  humble et modeste universitaire éclairé,  se doit de se plier aux usages diplomatiques en multipliant les réceptions au cours desquels la famille DODD cotoie  les grands noms du régime nazi et entre autres, Goring, sa fille Martha mène en Allemagne une vie des plus frivoles sans que son père s'en offusque.

Autre personnage important de ce livre, Martha . Fascinée par l'esprit de renouveau engendré par le nouveau régime, elle participe aux soirées qui rassemblent ses amis correspondants de presse et les hauts dignitaires nazis , multiplie les conquêtes auprès de ses compatriotes mais aussi des membres du parti nazi. Elle sera présentée à Hitler et aura une idylle avec le premier chef de la Gestapo . Un événement dont elle est témoin à Nuremberg boulerverse sa vision idyllique qu'elle se fait de l'Allemagne Nouvelle et s'éprend alors  d'un espion russe.

A travers l'histoire de ces deux personnages des plus opposés,Erik LARSON nous restitue sur une période d'un an, d'une manière admirable et extrêment documentée, la montée en puissance d'Hitler,  la tension grandissante qui régne à Berlin et qui virera à la paranoïa  lors de la fameuse nuit des longs couteaux .

 Même si DODD et le  consul général américain MESSERSCHMITT qui a percu très tôt l'ampleur de la menace que représente Hitler pour le monde, n'ont pas manqué d'alerter le gouvernement américain,  on  découvre la  frilosité de ROOSEVELT, ses  réticences  à faciliter l'entrée des Juifs aux Etats-Unis, voire même les sentiments antisémites de certains hauts-fonctionnaires de l'administration américaine. De quoi raviver un sentiment d'aigreur  car  l'Histoire, on la connait. 

Erik Larson a puisé dans les journaux intimes et les  mémoires de la famille DODD pour nous faire un récit historique  des plus passionnants et captivants. 

 

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 19:44

Jean-Christophe RUFIN/ Le grand Coeur


poster 171338Traqué par un homme qui est là pour le tuer, un prénommé Jacques , âgé de 56 ans, se cache dans une ile grecque, Chio, recueilli par une femme, ELVIRA, qui ignore tout de lui. Jacques se sent pressé par le temps, il veut écrire ses mémoires, démêler les fils de cette vie qui l'ont conduit dans cette île où il sait qu'il va y mourir.
Car Jacques n'est autre que Jacques Coeur, le grand Argentier du roi Charles VII, charge qui l'a hissé au rang des plus puissants et qui en même temps a concourru à sa perte.
C'est le destin incroyable  et passionnant de Jacques Coeur que déroule devant nos yeux dans une langue superbe, Jean-Christophe Rufin.

Né à Bourges autour de  1400 , fils  d'un  pelletier qui fournit des fourrures  au neveu du duc de Berry et à une noblesse méprisante et humiliante à l'égard des artisans,Jacques Coeur veut découvrir d'autres horizons. Il a la fabuleuse intuition qu'il peut offrir à la France ravagée par la guerre de Cent ans et trop  obnubilée par l'Angleterre, d'autres rêves,"un monde de lumière et de paix, d'échange et de travail, de plaisirs..." tourné vers la Méditérannée et l'Orient.
Par son mariage , Jacques Coeur découvre le commerce de l'argent et l'art du change . Après un voyage en Orient, il pressent que le temps est venu d'établir un vaste réseau commercial pour faire "circuler le meilleur des créations humaines", car Jacques Coeur reste avant tout un artisan dans le beau sens du terme . Il n'a de cesse d'allier son projet à sa charge d' Argentier, permettant ainsi  à Charles VII d 'en finir avec la guerre de cent ans et d'assoir le pouvoir royal.
Jacques Coeur a peut-être rencontré Jeanne d'Arc dans les rues de Bourges mais c'est Agnès Sorel, la favorite en titre du roi, qu'il cotoie et dont il devient le confident. Il  se trouve ainsi  au coeur du pouvoir et il en voit les arcanes, découvre la peur, la jalousie et toutes ces  trahisons qui le conduiront dans cette île grecque.
Jacques Coeur vit à une époque charnière marquée par la fin de la féodalité et le début de la Renaissance. A travers l'épopée romanesque de celui qui a été son héros dans son enfance,Jean-Christophe Rufin nous décrit formidablement bien ce basculement d'une période de l'histoire vers une autre , mue par des forces nouvelles et foisonnantes que seuls des visionnaires comme Jacques Coeur peuvent percevoir et mettre en  mouvement.
 Il faut absolument  lire ce roman historique captivant . De plus, Jean-Christophe Rufin a pris soin de l'étayer d'éléments historiques sûrs pour nous faire découvrir d'une manière vivante, cette première moitié du XV ème siècle,à travers la description d'un personnage hors du commun qu' il a su nous rendre particulièrement attachant.
Quel bel hommage rendu à celui que Jean-Christophe Rufin considère comme un frère, un frère qui lui a montré le chemin nous dit-il ! N'at-il pas vécu lui-même à Bourges entre sa maison natale et son palais ? Ceci peut aussi peut-être nous expliquer le chemin parcourru par Jean-Christophe RUFIN.


jACQUES-cOEUR.jpgParti de cette maison natale, quel destin l'a conduit à ce palais ?

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 21:31

Stephen CARTER / un roman américain *


Stephen-Carter-Un-roman-americain2.jpgUn avocat blanc, participe à une réunion secrète qui rassemble l'élite américaine dans les années 50  . Il en sort très mal à l'aise. L'auteur nous annonce d'emblée qu'Il sera assassiné trente mois plus tard .
C'est Eddie Wesley, jeune écrivain noir, qui découvre  son  cadavre dans un parc, un soir glacial de février 1955, après la grande reception  organisée pour les fiancailles d' Aurélia,la femme dont il est très amoureux, avec Kévin GARLAND issu d'une vieille famille de Harlem.  Le mort porte une croix étrange dont il ne parvient pas à déchiffrer complètement l'inscription. Eddie avertit anonymement la police et quitte au plus vite le parc.
 En fait, il s'agit d'un avocat blanc renommé qui était présent aux fiancailles d'Aurélia.Eddie ne sera jamais inquiété par cette découverte mais d'autres événements vont le ramener au mystère de cette croix.
il y a de plus en plus de morts suspectes autour d'Eddie.  Et après la disparition de  sa soeur Junie,le terrible Hoover l'a encore plus dans le collimateur : une  organisation secrète "l'Agonie de la Couronne" pose des bombes dans le pays,  aurait-elle un lien  avec sa soeur ? 
Eddie cherche à tout prix à savoir ce qu'est devenue sa soeur ; sa recherche obséssionnelle de la vérité durera plus de vingt ans. Des circonstances dramatiques améneront Aurélia à faire aussi sa propre enquête qui rejoindra peu à peu celle d'Eddie.
Quels liens entre tous ces évènements et le complot annoncé en début du livre?
Stephen CARTER ancre son intrigue dans l'histoire des Etats-Unis des années 50 où la ségrégation raciale reste vive même si le mouvement pour les droits civiques est en marche, jusqu' à la fin des années 60 avec l'affaire du Watergate et la guerre du Vietnam.

Un arrière -plan historique dès plus fouillé donne toute sa densité à ce roman qui nous montre une autre vision inattendue de la société noire américaine.

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 17:14

Charles T. POWERS / En mémoire de la forêt *


En-memoire-de-la-foretCe livre aurait pu être mis dans « côté polars » ou  « suspense ».

Mais il trouvera sa place dans cette rubrique « quand l’Histoire s’en mêle ».

En effet, l’Histoire, la grande, pèse lourd sur la vie des habitants de ce village polonais, Jadowia, entouré de forêts qui «formaient comme un immense labyrinthe  anarchique » et où l’on retrouve le corps d’un homme, Tomek.

Leszek, son très proche voisin qui a grandi avec lui et ami de la famille, face à la douleur paternelle va tenter d'élucider ce meurtre et nous fait partager ses recherches.

«  J’aimerais pouvoir vous raconter une histoire remplie d’espions et de péripéties internationales, comme j’aimais en lire autrefois, dans des décors que je me plaisais à imaginer… Donc, je ne le ferai pas. Ici, il sera question d’un village polonais, de péripéties locales, de corruptions mineures en vue de profits douteux, de châtiment et de pardon, d’un passé que l’on respecte ou que l’on redoute ».

Le récit de Leszek  réveille les fantômes de l’Histoire dont certains reviennent creuser les fondations des vieilles maisons ayant appartenu à des Juifs désormais disparus. Pourquoi ses recherches nous ramènent-elles toujours dans cette forêt omniprésente, lugubre, traversée à des heures tardives  par certains habitants du village qui semblent avoir chacun de lourds secrets et d'obscurs projets connus d’eux seuls ?

L’assassinat de Tomek ne sera-t-il pas l’occasion pour Leszek comme pour les habitants de Jadowia, d’exhumer les douleurs indicibles laissées par la seconde guerre mondiale et le communisme qui en a suivi, de faire surgir des vérités enfouies, inacceptables pour mieux s’en libérer et se raccrocher au rêve fou d’une vie normale,aux promesses d’une vie meilleure ?

 

Charles T. Powers a dirigé depuis Varsovie le département Europe de l´Est du Los Angeles Times. Il connait bien la Pologne. Il est mort en 1996 après avoir remis son manuscrit à son éditeur.

Dans une page superbe du livre, il explique la singularité historique de ce pays à travers la voix d’un personnage du récit de Leszek, le Père Tadeusz qui  œuvre aussi à sa manière à la réconciliation de ce village avec son passé :


«  Nous sommes un peuple hanté par son passé. De tout temps, nous avons été coincés entre deux forces opposées et violentes, les peuples germaniques d’un côté, et les plus puissants de tous, les Slaves, de l’autre… La géographie nous a soumis à leurs manœuvres et à leurs méfaits, à leurs traités, à leurs pactes, à leurs trahisons, et, trop souvent, à leurs armées conquérantes. Historiens comme professeurs… nous les ont expliquées ces forces contraires, ils nous ont dit par exemple comment la Pologne — qui forme dix pour cent du continent européen — avait pu disparaitre de la carte pendant tout un siècle. C’étaient de bons professeurs et nous avons compris cette histoire. Mais il existe aussi une autre histoire. Il existe dix autres pourcents. Un dixième de notre population. Des gens qui travaillaient, qui vivaient, qui marchaient parmi nous. Vous savez bien de qui je veux parler. Et ces gens-là ont disparu, et c’est aussi l’Histoire. Et c’est également un malheur. Et ce sont cette Histoire et ce malheur que nous avons plus de  mal à assumer. »

Un livre sombre certes, mais à découvrir absolument.

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 21:43

Laurent BINET / HHhH *


HHhHPourrait-on dire que ce livre est un essai littéraire sur une recherche historique ?

Le père de Laurent BINET,  professeur d’histoire lui avait parlé de cet évènement qui va frapper son imaginaire : l’attentat de Reinhard Heydrich en Mai 1942 à Prague par deux jeunes parachutistes tchécoslovaques Jan Kubis et Jozef Gabcik. C’est à ce dernier qu’il veut rendre hommage.

Laurent BINET a fait de cette histoire  une affaire personnelle.

C’est ainsi qu’il mêle au récit de son enquête historique, ses interrogations en tant qu’auteur sur les difficultés à transcrire la réalité historique sans tomber dans le ridicule de l’invention romanesque. Ce qui donne un ton très particulier à ce récit.

De plus, Laurent BINET a enseigné le Français dans une académie de Slovaquie orientale, est tombé amoureux d’une belle jeune femme slovaque, connaît bien Prague et nous fait partager son attachement à ce pays.

En même temps qu’il nous évoque le parcours de Reinhard Heydrich, le « protecteur » de Bohème–Moravie, le boucher de Prague, chargé de mettre en place la solution finale de la question juive, Laurent BINET nous évoque la préparation de l’opération « Anthropoïde » qui va conduire les deux jeunes à abattre l’homme le plus dangereux du III-ème Reich, en sachant qu’ils n’en échapperont pas.

Dans ce récit, on découvre le rôle terrifiant des Einsatzgruppen  qui vont conduire aux chambres à gaz et en même temps le courage extraordinaire des joueurs de foot de Kiev qui n’hésitent pas à battre les joueurs allemands au péril de leur vie.

Mais pourquoi ce titre HHhH ? A vous de le découvrir. Comme il vous faut découvrir cette page singulière de l’histoire de ces héros de l’ombre de la seconde guerre mondiale.

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 14:18

Dennis LEHANE / Un pays à l’aube *


Dennis Lehane7 Dennis LAHANE l’avait annoncé. Après "Shutter Island", il s’attaquait à une grande fresque historique autour de la grève des policiers à Boston.

Ca y est, c’est fait.768 pages dans lesquelles il nous immerge dans un pays à l’aube, l’Amérique ou plus précisément Boston en 1918.

A la fin de la guerre, les soldats américains reviennent avec la grippe qui fera de terribles ravages dans la population, le pays est marqué par la multiplication des  grandes grèves et des attentats.


Pour nous plonger dans le chaos de cette époque,  Dennis Lehanne aborde cette véritable épopée historique  à partir de l’histoire de 3 personnages.

Il prend des chemins détournés en  commençant par le voyage en train de la star du base -ball, Babe Ruth ( qui a existé) .

Lors d’un arrêt prolongé du train, Babe Ruth remarque un jeune noir ,Luther Laurence, jouant au base- ball avec d’autres jeunes ;  un match s’engage alors , noirs contre blancs, qui  leur laissera  à chacun un goût amer .

Luther est  le deuxième personnage marquant du livre. Des événements terribles l’amènent à fuir sa ville en laissant sa femme enceinte, pour  se retrouver à Boston où vit la famille Coughlin d'origine irlandaise, autre figure centrale de ce livre.

Thomas, le père,  est  capitaine dans la police de Boston, son fils Danny,  est lui aussi policier mais il ne partage pas souvent le point de vue de son père. Son autre fils Connor est adjoint au Procureur.

Le père de Danny et son parrain, Eddie Mc Kenna, lieutenant de police aussi, persuadés qu’une insurrection à grande échelle se prépare, demandent à Danny  d’infiltrer le milieu  des ouvriers lettons socialistes et des intellectuels  anarchistes considérés comme  de redoutables terroristes. On lui demande également d’infiltrer le syndicat de la police.

Mais Danny ,en côtoyant de près  les grands leaders  des différents syndicats, ne les voit pas si subversifs que cela. Comment va –t-il sortir de cette mission ?

Alors que Danny  devient de plus en plus sensible aux revendications de ses collègues vivant en dessous du seuil de pauvreté, Luther tente de se construire une autre vie en  même temps qu’il rebâtit  le bâtiment qui accueillera une association de défense des noirs, le NAACP de Boston.

Mais est-ce possible en 1918 pour un noir d’échapper à son destin ? « Tu sais d’où tu viens ? »  lui demande le fameux Eddie Mac Kenna  qui sait bien des choses de son passé .Mais pour en faire quoi ?

Dans ce terrible climat de violence sociale et de haine raciale, Danny et Luther vont bien finir par se rencontrer.

 Dans ce monde qui ne tourne plus rond « parce que les travailleurs de ce pays ont oublié où se trouvait leur place...qu’ils sont à la discrétion de ceux qui versent leurs salaires et nourrissent leurs familles » comme le dit un banquier  à Danny et dans lequel  "les humbles ne veulent plus courber l’échine "comme le constate aussi Danny, comment celui-ci et Luther vont-ils  traverser ces terribles évènements qui vont secouer la ville tout au long de l’année 1919 et se terminer par la grève des policiers ?

 

Pas de suspense. Hormis cette tension grandissante  tout au long du livre. Mais jusqu’ où cela ira-t-il ?

 En nous faisant partager le quotidien de ces personnages particulièrement vivants et proches de nous, Dennis Lehane nous permet de mieux mesurer toute la violence de l’époque.

Dennis Lehane est du côté des pauvres qu’ils soient blancs, noirs ou immigrés, la vision  qu’ils ont des riches, revient comme un leitmotiv tout au long du livre :

«  Quand celui-ci se rapprocha, Babe trouva qu’il sentait bon, comme seuls sentaient bons les gens riches, ceux qui savaient des choses que lui-même  n’appréhenderaient jamais. Les hommes tels que Fraazee dirigeaient le monde parce qu’ils comprenaient quelque chose qui lui échappait : l’argent".

 

Une fois ce livre terminé, on peut avoir les tripes nouées. L’Amérique s’est conduite comme cela ? Alors,  on ne peut pas s’empêcher de penser au  chemin parcouru de ce pays à l'aube avec l’élection d’Obama. Et pourtant en même temps, on peut constater que les mêmes démons demeurent : la peur du terrorisme, les discours sur le bien et le mal, la place des immigrés, voire même une certaine grippe.

 

Clint EASTWOOD a bien adapté au cinéma "Mistic River" dans un film remarquable.  Alors pourquoi pas ce livre ?

Et bien c’est prévu. « Un pays à l’aube » est déjà en cours d’adaptation par Sam RAIMI, le réalisateur de Spiderman.


Dennis-Lehane-Color Dennis LEHANE est un auteur très intéressant, voire attachant,  capable d'écrire des livres différents, que ce soit sa série policière avec le duo Kenzie -Gennaro , "Mistic River "ou "Shutter Island" (cf:rubrique "côté polars") qui lui aussi est adapté au cinéma par Martin Scorcese et dont la sortie en France est prévue le 3 Mars 2010. 
LEHANE est né en 1966, il a fait ses études à Boston où il vit actuellement. Il a fait des boulots divers : livreur, chauffeur,commis-libraire... Mais c'est sans doute son expérience d'éducateur auprès d'enfants handicapés mentaux et maltraités  qui le porte à poser son regard du côté de ceux que l'existence n'a pas gratifié. 
Quitte à nous secouer sacrément !
Vous pouvez  aller plus loin dans la découverte de cet auteur ,
  en cliquant sur le lien suivant puis en cliquant dans "voir la vidéo".
 
www.payot-rivages.net/livre_Un-pays-a-l-aube--Dennis-Lehane_ean13_9782743619367.html
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18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 14:24

Catherine CUSSET / un brillant avenir


Elena vit en Roumanie. Elle aurait été adoptée par son oncle et sa tante. Elle fait de brillantes études pour devenir physicienne. Elle choisit d’épouser Jacob, juif,  malgré l’avis contraire de ses parents. Elle veut absolument quitter la Roumanie de Ceaucescu qui refuse la possibilité de faire carrière aux épouses de juifs, pour aller vivre aux Etats-Unis. Avant cela, elle doit s’installer en Israël qu’elle veut quitter très vite pour ne pas avoir à offrir à la patrie la vie de son fils Alexandru. A celui-ci, elle veut offrir un brillant avenir américain. Mais celui-ci épouse une Française, une déracinée elle aussi que sa mère a du mal a accepté parce qu’elle craint de le voir partir en France.

L’auteur n’a pas construit un récit linéaire. Elle nous nous fait  faire  des allers et retours dans le temps et l’espace, entre la Roumanie d’une dictature corrompue et l’ Israël de 1974 , de la France de 1968 ou de  2006  et l’Italie qui aide les émigrés juifs à  se rendre aux Etats-Unis où Elena arrive à 39 ans avec son mari et son fils pour construire  sa vraie vie.

Cette construction du récit qui nous ballote entre différentes périodes de l’histoire  contemporaine nous en fait  mieux mesurer les retentissements sur le destin individuel de  cette jeune émigrée roumaine. L’auteur souligne ainsi toute la volonté et la détermination qu’Elena devra mettre en œuvre pour vivre sa vie, forcer son destin,  tout en en même temps qu’elle nous révèle ses petits travers dans sa vie plus ordinaire  d’  épouse très attachée à son mari et d’une  mère  excessive qui a du mal à faire avec cette belle-fille déracinée elle aussi.

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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 11:30

Géraldine BROOKS/ Le livre d’Hanna


  9782714444684.jpg   Il s'agit ici de l'histoire d'un livre sacré. Un manuscrit hébreu fabriqué au Moyen-âge , orné d’enluminures, contrairement à la croyance juive de l’époque qui interdisait l’art figuratif : la Haggada de Sarajévo disparue au début du siège de Sarajévo réapparaît dans cette ville en 1996. Pour qu’il puisse être à nouveau exposé, il a besoin d’être examiné.
    On fait alors appel à Hanna, une jeune australienne spécialiste de la conservation des livres qui saisit cette chance inouïe de tenir ce manuscrit entre ses mains.  
    L’examen minutieux du livre révèle des indices surprenants: des échantillons d’une aile d’insecte, de taches de vin ou de sang, de poils de chat ou de cristaux de sel et offre ainsi l’occasion  non seulement de nous révéler les secrets des couleurs mais aussi de nous dévoiler ses mystères de son hstoire en nous transportant tour à tour à Vienne au XIX ème siècle, dans la Venise du XVIII ème siècle ou en Espagne au  XIVème.
    L’histoire de ce livre est aussi celui de sa fabrication et des dommages qu’il subit en traversant cinq siècles marqués par les pogroms, l’Inquisition, le génocide, les guerres. Ce récit nous révèle comment ceux qui l’ont eu entre leurs mains, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, ont  risqué leur vie pour sauver ce manuscrit sacré de ses destructeurs et dépasser les clivages ethniques et religieux.

    « Je voulais autre chose. Faire revivre le peuple du livre et les différentes personnes qui avaient fabriqué, utilisé, protégé la haggada. Rendre ce récit poignant, haletant même J’écrivis et remanié donc certaines parties historiques pour les intercaler, en guise de piment, dans les discussions des problèmes techniques. J’essayai de ressusciter la  Convivance, les soirées poétiques d’été dans les beaux jardins à la française où les Juifs parlent l’arabe, se mêlaient librement à leurs voisins musulmans et chrétiens. Je ne connaissais pas l’histoire du scribe ni celle de l’enlumineur, mais j’essayai de leur donner de l’épaisseur en  décrivant leur travail en détail, je dépeignis les pavillons médiévaux du livre, j’expliquai de quelle façon ces artisans s’intégraient dans le milieu social. Ensuite, je voulais créer une certaine tension autour des revirements terribles et dramatiques de l’inquisition et de l’expulsion. Evoquer le feu , les naufrages et la peur.»

 

    Quand Hanna, en écrivant le rapport qu’elle doit transmettre, cherche à dépasser l'aspect uniquement technique de son travail pour nous faire vivre tous ceux qu’il a eu entre leurs mains, n’est - ce pas tout simplement ce que cherche  à nous faire partager l’auteur,Géraldine BROOKS, dans ce livre étonnant qui nous entraîne dans les mystères de la fabrication d’un livre sacré en rendant hommage à ceux qui ont contribué à sa conservation ?

    La Haggada de Sarajévo a bien existé ; l'auteur  nous restitue dans la postface les bribes de sa réelle histoire.

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